<em>Equipe de g. à d.: Joachim Budweiser (directeur de production), Martin Lehmann (directeur) et Sascha Hodler (responsable du son)</em>

«Donner vie à une scène»

22.12.2021
02/2021

Quand on parle de design, la plupart des gens pensent à la conception visuelle. Mais dans le domaine du son, la mise en forme du matériau est également déterminante pour la sonorité ou le bruit. En postproduction audio, des blocs de bois peuvent même donner vie à des êtres – les professionnels des studios d’enregistrement Bluebox à Berthoud expliquent comment faire.

Un bruissement dans la boîte, la musique commence – est-ce qu’un bébé vient de pleurer? Puis on entend des blocs de bois qui claquent.

Des tours sont construites, deux chevaux hennissent, un éléphant claironne, et pour terminer le spot, une horloge fait tic-tac. C’est ainsi que sonne le dernier film d’image de la société Naef Spiele. Une figurine est créée à partir de simples pièces de bois, qui mène à travers le monde de l’assortiment de jouets. «Pour que ce personnage paraisse réellement vivant, il faut un design sonore adapté», explique Martin Lehmann.

Après avoir acquis de l’expérience en tant que technicien radio, DJ et producteur de musique, le directeur des studios d’enregistrement Bluebox a fondé sa propre entreprise en 1996 avec Beat Moser. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, Bluebox se trouve dans un ancien bâtiment bancaire en face du musée Franz Gertsch à Berthoud. Et produit à partir de là tout ce que l’oreille peut désirer – de l’annonce téléphonique au son de films documentaires en passant par le guide de musée.

Le message du son

Le design sonore est simplement défini comme un «travail créatif avec des sons et des bruits». Martin Lehmann le formule ainsi:

«On peut modeler le son dans n’importe quelle direction. Plus haut, plus long et plus doux, ou plus bas, plus court et plus puissant?» C’est ainsi que naissent le design et, finalement, le message du son. Le domaine d’application le plus connu du design sonore est le cinéma. Un oscar spécifique est décerné à la meilleure musique de film – il en va de même pour le meilleur son. En effet, les sons sont tout aussi importants pour les émotions qu’un film suscite chez les spectateurs – de l’enregistrement au mixage final. Le design sonore est également un pilier important dans les productions purement audio telles que les spots radio, les pièces radiophoniques ou les podcasts. Ou pour la marque audio des marques, par exemple SRF Meteo, Migros ou Swisscom. Joachim Budweiser, directeur de production chez Bluebox Tonstudios, le dit ainsi: «Le design sonore, c’est donner vie à une scène, quel que soit le support.»

Dragons, avatars et stop motion

Mais qu’est-ce qui fait un bon design sonore? Selon Joachim Budweiser, il y a plusieurs défis à relever: «Il est très important de ne pas en faire trop!» Comme le vide dans le graphisme, le silence est un élément de conception essentiel dans le design sonore. A cela s’ajoute la prise de conscience qu’un produit audio n’est jamais une représentation exacte du monde. «Dans un film, chaque élément visible ne doit pas être sonorisé – un design sonore ciblé se concentre sur le message acoustique essentiel.» Outre le design sonore réaliste, il y a aussi tout le domaine du design sonore créatif, c’est-à-dire celui pour

les mondes fantastiques et des animations avec des créatures comme les dragons, les avatars et autres, ou encore pour les films en stop motion et les enregistrements en accéléré. «C’est ce qui est vraiment cool dans le design sonore: on peut créer des mondes qui n’existent pas encore», explique le directeur de production.

L’artisanat de la création sonore peut être grossièrement résumé ainsi: on peut soit prendre du matériel sonore préfabriqué, comme le rugissement d’un lion ou le bruit d’une douche, dans une banque de données sonores, soit produire soi-même ce matériel. Pour le spot de Naef Spiele, par exemple, l’équipe de Bluebox a passé des heures à manipuler, empiler et réarranger des blocs de bois sur une table dans le studio d’enregistrement, jusqu’à ce que toute la gamme des bruits soit enregistrée. Ensuite commence le traitement sur l’ordinateur, sur une station de travail audio numérique (DAW) spécialisée. «La hauteur du son, le timing, la spatialisation – les possibilités de post-traitement sont infinies», explique Joachim Budweiser. «Prenons pour exemple la ville en bois du film Naef, qui se construit et se déconstruit à la vitesse de l’éclair, comme par magie. Pour cela, les bruits naturels du bois ont dû être traités de manière à ce que le son accompagne parfaitement l’action mécanique à l’image.» Pour Joachim Budweiser, les heures de travail filent à la vitesse de l’éclair quand on prépare un design sonore. Car le son exact est décisif: «Un bon design sonore fonctionne comme la musique – il dirige les émotions des auditeurs vers un niveau inconscient.»